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Coups d’Etats en cascade : une nouvelle Afrique en gestation.

Soutenus par les populations de leurs pays, des jeunes officiers militaires prennent le pouvoir mettant fin à l’hypocrisie des grandes puissances qui assujettissent l’Afrique.


L’épisode du coup d’Etat manqué en Guinée-Bissau le 1er février 2022 ne peut effacer ni banaliser les épisodes des coups d’Etat réussis au Mali (2020 et 2021), en Guinée-Conakry (2021) et au Burkina Faso (2022), trois pays d’Afrique de l’Ouest.


UN PEU D’HISTOIRE

Entre 1955 et 2004, cette sous-région a connu « 44 coups d’État militaires menés à terme ; 43 tentatives de coups d’État, mais souvent sanglants ; 82 complots militaires connus et 7 guerres civiles », relèvent les statistiques.


Peut-on dire, au regard des évènements qui s’y succèdent depuis deux ans, que l’Afrique de l’Ouest renoue avec ce mode de conquête du pouvoir ? Pour rappel, après avoir lancé dans les années 1960-1970 la formule du monopartisme et renoncé dans la foulée de la Perstroika autour des années 1990 pour un système démocratique maintenant essoufflé, l’Afrique occidentale ouvre une nouvelle page qui suscite la description du paysage continental en quatre étapes.

  • Première étape avec l’accession à l’indépendance. Les pays africains optent pour une démocratie en copier-coller, sur le modèle du colonisateur européen. On est autour des années 1960-1965. L’expérience fait flop.

  • Deuxième étape avec le renversement des régimes en place au moyen des coups d’Etat militaires. Les pays africains adoptent le Parti unique (ou Parti-Etat) avec la bénédiction des pays soit du Bloc de l’Otan (puissances capitalistes), soit du Bloc du Pacte de Varsovie (puissances communistes). C’est en pleine période de la Guerre froide. On est autour des années 1965-1990. L’expérience fait flop.

  • Troisième étape avec le retour à la démocratie, au lendemain de la Perestroïka et dans la foulée des conférences nationales souveraines. Les pays africains renouent avec la démocratie en copier-coller, toujours sur le modèle occidental. On est autour des années 1990-2020. L’experience est en train de faire flop.

  • Quatrième étape avec le retour, que dis-je ? Le recours au coup d’État relancé en Afrique de l’Ouest. Pour quelle option ?

FRAGILISER LES ETATS ET FACILITER L’INFILTRATION DES DJIHADISTES


La particularité, avec la quatrième étape, est de voir cette pratique menée par des jeunes officiers (Lieutenants-colonels et Colonels pour la plupart), et cela sous le regard des généraux visiblement consentants.


Le contexte est le même partout : insécurité suscitée par des groupes armés, dégradation continue de la situation économique et sociale, chômage des jeunes, violations des libertés fondamentales, corruption, enrichissement précoce et injustifié des tenants du pouvoir, bref échec de la gouvernance institutionnelle imposée de l’extérieur avec des élections sous parrainage occidental.


Dans le cas du Mali, de la Guinée-Conakry et du Burkina Faso, cette gouvernance a une origine connue : Paris !


Fait à noter : dans cette Afrique de l’Ouest où se côtoient des ex-colonies françaises (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Conakry, Mali, Niger, Sénégal et Togo), anglaises (Gambie, Ghana, Liberia, Nigeria et Sierra Leone) et portugaises (Cap Vert et Guinée-Bissau), la tendance des coups d’Etat est forte côté des pays francophones.


Il est indéniable que la France justifie sa présence en Afrique de l’Ouest par devoir de solidarité avec les pays concernés. Il est question, soutient-on, de combattre le phénomène djihadiste. Faut-il encore se demander pourquoi et comment ce phénomène a-t-il gagné cette partie du continent. Car l’histoire cite deux Etats, la Libye et la Syrie parmi les gros fournisseurs en moyens humains, matériels et financiers aux djhiadistes. La France est pour beaucoup sinon pour tout ce qui est arrivé aux cours de ces dernières décennies à ces deux pays.


Reste maintenant à savoir si Paris ne se sert pas de sa présence en Afrique de l’Ouest pour autre chose que ce qui se dit. Par exemple : expérimenter son armement comme par le passé dans le désert algérien ou dans le Pacifique avec l’arme nucléaire. A l’instar des Américains au Koweit, en Irak et en Afhaganistan ainsi que des Russes en Afhaganistan, les Français sont dans le même schéma : faire une guerre vraie à un vrai ennemi.


Dans le cas du Mali, la présence forcée de la France a aussi une explication et une justification : l’uranium. Ce produit hautement stratégique ne doit absolument pas tomber entre les mains des djiadistes. Ceci peut donc expliquer cela.


Mais gagnent-ils en réalité, les Maliens, en termes de progrès économique et social, sinon en termes d’expression démocratique ? Et eux, les autres peuples francophones d’Afrique de l’Ouest ?


Priver dès lors les Maliens du droit d’exercer leur souveraineté sur leur territoire, droit par contre dont s’octroie la France qui le partage avec les pays membres de l’Union européenne : voilà de quoi alimenter la révolte populaire et, par effet d’entraînement, affaiblir les institutions en place avec comme effet nocif la facilitation de l’infiltration des djiadistes.


Il y a là un contentieux sérieux à régler.


REEQUILIBRER LE RAPPORT DES FORCES AVEC AVEC LES PARTENAIRES EXTERIEURS


Qu’on ne se trompe pas de contentieux comme on l’a fait dans les années 1960 avec les indépendances, les années 1970 avec les partis uniques, les années 1990 avec un semblant de démocratisation de la vie politique.


Le soutien populaire à la ” remilitarisation ” de la gouvernance sonne, à dire vrai, la fin du paternalisme européen en particulier, occidental en général, en Afrique.


D’ailleurs, si cette fin coïncide avec la montée en puissance du paternalisme oriental avec Russes, Chinois et Indopakistanais, c’est pour rééquilibrer le rapport des forces, de sorte que l’Afrique, toujours traitée en parent pauvre alors qu’elle est la vache nourricière du monde, devienne un partenaire crédible pour tous, au même titre que les autres continents du monde.


Déjà, à ce stade, il y a lieu de faire observer à ceux qui pensent substituer à ce paternalisme celui de l’Occident qu’ils se trompent sur toute la ligne.


L’Afrique est en train de se réveiller avec pour promoteur inattendu Emmanuel Macron. Le dernier sommet “ France-Afrique ” qu’il a imaginé s’étant révélé plutôt un sommet “ Pouvoir français-Société civile africaine” sonne le glas pour l’emprise occidentale sur les gouvernants africains. Là où les gouvernants civils sont disqualifiés par les sociétés civiles, leurs successeurs militaires sont comme avertis. Soutenus par la population, ils ne se feront pas disqualifier facilement.


CAS DE LA RDC : TROIS ANS SEULEMENT


Bien entendu, les Congolais sont inquiets pour des raisons évidentes dont les faiblesses du pouvoir en place de résoudre les problèmes auxquels ils font place. Les mêmes problèmes que rencontrent les populations ouest-africaines au quotidien.


A l’occasion de l’An 3 du Pouvoir Félix Tshisekedi, tout le monde s’en aperçoit : sur 25 ou 30 réalisations mises à son crédit, 70% sont constitués de promesses. Dans les 30% restants, une bonne partie est faite de chantiers hérités de Joseph Kabila.


Entre-temps, le régime Tshisekedi est en train de créer et d’entretenir lui-mme les éléments à la base des coups d’État de 1965 avec Mobutu et de 1997 avec L-D. Kabila ; les mêmes causes (de tous les autres coups de force) produisant les mêmes effets partout en Afrique !


Il a suffi de trois ans, trois seulement pour voir s’accentuer l’insécurité suscitée par des groupes armés, la dégradation de la situation économique et sociale, le chômage des jeunes, les violations des libertés fondamentales, la corruption, l’enrichissement précoce et injustifié des tenants du pouvoir !


Alors qu’il est issu d’un parti (UDPS) réputé pour son combat contre des anti-valeurs, ce régime reproduit les mêmes anti-valeurs qu’il déclare pourtant combattre. Pire, il les justifie par la jurisprudence.


Provocation ou irresponsabilité ? Les ” nouveaux riches ” font des selfies qu’ils injectent eux-mêmes dans les réseaux sociaux (comme) pour étaler leur suffisance matérielle et financière : résidences, charroi automobile, effets vestimentaires assortis de montres, gourmettes, lunettes, chaussures de luxe, cigares, champagne et liqueur de grand cru, etc.


Pis, ils font la sourde oreille même aux revendications des députés et sénateurs de l’Union sacrée, s’agissant de la taxe RAM n’ayant aucun soubassement juridique.


On peut alors se le dire : si les jeunes officiers FARDC – qui voient les leurs tomber sur le front pour des initiatives mal conçues comme celle de l’état de siège – venaient à imiter leurs pairs maliens, guinéens ou burkinabès, l’enthousiasme populaire serait à son comble.


Personne ne le souhaite puisqu’on connaît et on redoute le congolais en colère. En 1959, en revendication de l’indépendance, et en 1991, en réaction à la suspension des travaux de la CNS, il avait pillé. Au cours de toutes manifestations présentées autrefois par l’UDPS comme étant l’expression des libertés fondamentales, la propension au pillage s’accentuait.


DEVELOPPEMENT FONDE SUR LE PRINCIPE “GAGNANT-GAGNANT “


C’est pour cette raison qu’il faut anticiper. Anticiper dans le sens d’amener Paris, et avec cette capitale “africaine” en Europe, Washington, Londres, Moscou, Bruxelles, Beijing, Berlin, Tokyo, Canberra, New Delhi etc. à comprendre que la saison de la souveraineté des Etats Africains sur leur sol, sous-sol, espace aérien et espace maritime est arrivée.


Pour avoir trop payé de sa sueur et de sa chair le diktat de ces puissances, Occident en tête, le nouvel homme africain entend s’ouvrir à tous les pays qui lui apportent le développement.


L’africain croit plus dans des plans d’un développement fondé sur le principe “ gagnant-gagnant ” (sur le modèle rdcongolais d’infrastructures en contre partie de l’exploitation des ressources naturelles avec la Chine) que sur celui du bénévolat, alias coopération humanitaire. Un bénévolat qui ne lui rapporte rien. Au contraire, il en fait un éternel quémandeur, même de la paix dans ce qu’il considère comme sa propre terre pendant qu’au travers des faits et gestes évidents, on lui conteste ce droit légitime.


On l’humilie en le réduisant à l’apatridie imposée.


Ce qui se passe avec des coups d’Etat n’en est rien d’autre que l’émanation.



Barnabé KIKAYA Bin Karubi

Ancien Ministre, Ancien Ambassadeur, Ancien Député, Professeur à l’Université de KINSHASA, Faculté des Lettres, Département des Sciences de l’Information et de la Communication, Kinshasa, R.D. Congo.


www.kikayabinkarubi.net | Twitter: @kikayabinkarubi

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